Hommage

Au revoir

Muriel Cerf,

ma Muse !

Musique

Lykke Li "I never learn"

Stupeur et tremblements... Je n'ai appris ta mort que fin août 2012, pour mon anniversaire, alors que tu es partie le 12 mai 2012. De drôles de cadeaux, la vie vous fait, parfois...

Tu rêvais de vivre sur une île (moi aussi).

Toi, c'était Bali, moi, aux Îles d'Or.

Tu écrivais un livre tous les ans,

comme Amélie Nothomb, sur lequel je me

précipitais depuis l'Antivoyage, ton premier.

Tes manuscrits étaient raturés et vivants

comme des palimpsestes. Tu as eu la peau

de deux Underwood. (La mienne était déjà

bien fatiguée quand je l'ai achetée à l'Emmaüs

de la Pointe-Rouge à Marseille).

En lisant ton style à la fois précieux et cru tu m 'as donné l'envie d'écrire. Toi et Giono, vous êtes mes maîtres. C'est toi qui réamorçais ma pompe au langage, je m'explique : il suffisait que je lise une page de  "Les Seigneurs du ponant" ou "Servantes de l'œil", l'ivresse de l'écriture, pour que mon verbe coule à nouveau. Le même phénomène se passe avec notre source chaque automne... il faut envoyer de l'air avec un compresseur pour qu'elle se remette à couler. Tu me faisais le même effet, tu envoyais de l'air dans mes neurones. 

Ta voix, ton verbe, ton style coule dans mes veines et je partage ton bonheur de l'écriture, cette seconde vie, cette vie tout court, plus que la vie, selon Pesoa. "La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas".

Ton numéro de portable que m'a confié Pierre Shasmoukine à Gorodka, est toujours dans mon carnet d'adresse... Je ne t'ai jamais appelée. J'en ai rêvé pourtant, mais je n'ai jamais osé. J'aurais dû le faire, il paraît que tu es partie dans l'indifférence générale et incomprise à cause de ton essai sur Bertrand Cantat. Tu n'écrivais plus et donc l'écriture ne te protégeant plus, le cancer tel un tsunami a pu t'emporter.

Tu restes belle et jeune en moi comme ma Muse. Muriel Cerf ma Muse.

Quand au Cerf de ton nom, Pierre Moinot en préface parfaitement une anthologie:

" Voici donc l'animal porteur d'une forêt de symboles, tous apparentés au domaine obscur de la force vitale. Et d'abord ses bois, par lesquels la nature fait signe : ces deux perches hérissées d'andouillers, façonnées de perlures, rainures, empaumures aux épois aigus, cette ramure dont le nom, la forme et la couleur semblent sortir des arbres et que chaque année élague comme un bois sec, chaque année les refait pour donner la preuve visible que tout renait, que tout reprend vie ; par la chute et la repousse de ces os branchus qui croissent avec une rapidité végétale, la nature affirme que sa force intense n'est qu'une perpétuelle résurrection, que tout doit mourir en elle et que pourtant rien ne peut cesser"

 

Oui, tout renaît Muriel et tu restes vivante. Tu seras de plus en plus vivante...

 

Ton site Knock on wood "Touchons du bois":

Sanguine sur moleskine H. Py