René Aubry "Anikouni"

l'auto-éditée

Pour avoir la chance d'être lue, l'auto-éditée, vue par les libraires comme le sous-ordre des Lumbricina (les vers de terre) doit creuser, telle la salamandre, sa galerie longtemps à l'avance.

L'auto-éditée est somme toute une auteure utile parce qu'elle est lue et appréciée à son "juste titre", mais on ne la voit nulle-part ; elle existe encore moins que le mâle de son espèce même si elle est une Mégascolide du Gippsland de trois mètres de long... Les marseillaises ont la réputation de toujours exagérer un peu trop, mais là, je vous assure que non : l'auto-éditée se trouve régulièrement à trois pieds sous terre. Seuls Aristote et Darwin l'on reconnue et réhabilitée en lui donnant toutes ses lettres de noblesse. En tant qu'espèce clef et faisant la balance avec la charrue, elle joue un rôle écologique majeur d'aération et de micro-drainage des terrains minés par les prix académiques ; aussi forte qu'une jument, elle est la pionnière des milieux contaminés par le mépris : elle sait comment être heureuse sans être "gagnée à être connue".

 

En conclusion, je me faufile comme une anguille sous roche pour prendre ma bretelle d'autoroute, comme les Grandes. Moi aussi j'ai envie de fertiliser la littérature ! Ce que n'ont pas bien compris les éditeurs et libraires français, au contraire des américains, car ils sont un peu lents à la détente...

Le pire, tu vois, dit-elle, c'est quand tu offres ton livre à des amis ou connaissances et que tu n'as jamais de retour... Un gros silence, un gros malaise s'installe. Ceux-là, tu peux changer de trottoir quand tu les aperçois de loin et tu peux t’accorder des vacances : ne plus dire bonjour.

Et puis, il y a celles et ceux qui te disent laconiquement :

- "Je n'ai pas pu y entrer".

Ah, alors là, c'est la cerise sur le gâteau, quand tu sais qu'ils lisent tout ce qui leur tombe sous la main et qu'ils aiment bien se faire passer pour des intellos.

Ceux-là, t'as envie de les gifler, mais bon, en réfléchissant un brin, tu te dis:

"Tiens, une jalouse, un jaloux de plus... : à dégager ! ".  Aux paresseux suivants !

​ Il paraît inconcevable que dans un livre sur lequel tu as passé sept années de ta vie, (ce n'est pas très rentable ça, me suis-je entendu dire en le prêtant dernièrement à une copine qui partait pour Cuba…), que tu as parachevé comme un tableau de Vermeer, il n'y ait pas au moins un mot, une phrase, une image qui ait éveillé leur curiosité...

 

Quand aux libraires de proximité, parlons-en de ceux-là, ils ne font aucun effort. Avant, je me faisais un devoir de faire marcher leur commerce "à ces courageux qui ont à lutter contre les grandes surfaces". Du coup, je n'achète plus rien chez eux, pas même un crayon, c'est bien fait pour leur vilain nez. En plus, je fais des économies, parce qu'ils le vendent cher leur crayon (et je ne dis pas ces cons !) Eh toc !